Tous les territoires ne sont pas égaux dans l’accès aux médecins de ville

lundi 22 octobre 2018

En direct de l’institutionnel


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La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) des ministères sociaux apporte, pour la première fois, une nouvelle information sur la réalité de l’accès aux soins de ville dans les territoires, avec une étude consacrée aux délais d’accès aux médecins libéraux, qu’ils soient généralistes ou spécialistes.

Cette enquête, réalisée auprès d’un échantillon de 40 000 personnes, révèle des résultats globalement moins mauvais qu’on pouvait le craindre, même si les écarts sont très importants entre territoires et entre spécialités médicales.

Le titre donné par la Drees à son étude résume bien cette réalité : « La moitié des rendez-vous sont obtenus en deux jours chez les généralistes, en 52 jours chez l’ophtalmologiste. » Globalement, plus de 90 % des patients qui prennent contact avec un professionnel obtiennent un rendez-vous. À défaut, ils se tournent vers un autre praticien (par exemple un autre médecin dans la même commune ou un généraliste au lieu d’un spécialiste). En revanche, ils font peu appel aux urgences hospitalières dans ces circonstances (seulement 3 % des prises de contact qui n’ont pas abouti). De même, les Français jugent les délais pour obtenir un rendez-vous « rapides » ou « corrects » dans plus de huit cas sur dix (sauf dans les quelques spécialités présentant des délais très longs).

Le premier facteur discriminant réside en effet dans la distinction entre généralistes et spécialistes et, parmi ces derniers, entre les différentes disciplines concernées. Tous motifs de demande confondus (symptômes, suivi régulier, renouvellement d’une ordonnance...), le délai moyen est de six jours entre la prise de contact et le rendez-vous chez un médecin généraliste. Il faut toutefois rappeler qu’il s’agit là d’une moyenne nationale, qui recouvre des délais beaucoup plus longs dans certains territoires sous-dotés en professionnels de santé.

Les délais moyens sont en revanche beaucoup plus longs pour certaines spécialités médicales comme l’ophtalmologie (délai d’attente moyen de quatre-vingts jours), la dermatologie (soixante-et-un jours), la cardiologie (cinquante jours), la gynécologie (quarante-cinq jours) ou la rhumatologie (quarante-cinq jours). Ils sont par contre nettement plus raisonnables dans d’autres disciplines comme la pédiatrie ou la radiologie (trois semaines pour chacune), ainsi que pour les chirurgiens-dentistes (trente jours).

Ces moyennes nationales recouvrent elles-mêmes des écarts importants selon les territoires. Ainsi, chez les ophtalmologistes, si un quart des demandes de rendez-vous obtient satisfaction dans les vingt jours, un quart des rendez-vous n’ont lieu en revanche qu’après plus de cent-dix jours de délais (et même 10 % après cent-quatre-vingt-neuf jours, soit plus d’une demi-année...).

Il faut toutefois distinguer la demande de consultation pour un contrôle périodique, pour un suivi régulier d’une maladie ou d’un problème récurrent, ou pour l’apparition ou l’aggravation d’un symptôme. Pour les dermatologues, par exemple, le délai moyen est d’environ soixante-cinq jours dans le premier cas, environ quarante-six dans le second et environ trente-quatre dans le troisième. En cas d’apparition ou d’aggravation d’un symptôme, le délai est quasi nul pour les généralistes et tombe à environ vingt jours pour les ophtalmologistes, huit jours pour les gynécologues et sept jours pour les chirurgiens-dentistes.

Sur le critère territorial — avec la question de la densité médicale qui explique l’essentiel des écarts constatés — les résultats présentés par la Drees ne comportent pas de cartographie ou d’éléments géographiquement localisés. Mais il est vrai qu’il s’agit seulement d’une première exploitation des données collectées et que d’autres publications devraient suivre.

En attendant, l’étude met cependant en évidence l’existence de l’effet territorial. Il apparaît ainsi que l’accessibilité aux médecins (toutes disciplines confondues) est la plus faible dans les couronnes rurales des grands pôles, dans les communes hors influence des pôles et dans les périphéries des petits et moyens pôles.

Dans le cas des ophtalmologistes par exemple, le délai moyen d’attente pour un rendez-vous (tous motifs confondus) est de vingt-neuf jours dans l’unité urbaine de Paris (bien dotée en ophtalmologistes), de soixante-et-onze jours dans les communes hors influence des pôles, de soixante-seize jours dans les communes des grands pôles ruraux et de quatre-vingt-dix-sept jours dans les communes des petits et moyens pôles (les moins bien dotées).

Très mobilisée sur la question de l’accès aux soins, l’APVF (Association des petites villes de France) n’a pas manqué de réagir à la publication de l’étude de la Drees. Dans un communiqué du 9 octobre, elle juge les résultats de l’étude « alarmants » et constate que « c’est évidemment dans les petites villes que ce délai est le plus long » et que « la désertification médicale ne cesse de s’aggraver ».

L’APVF « appelle donc le gouvernement à changer de braquet pour enrayer ce phénomène » et estime qu’« il faut très rapidement une réorganisation de l’offre de soins au profit des territoires les plus en difficulté, notamment en augmentant le nombre d’internes et, surtout, en allant au-delà de la simple incitation sur la question de l’installation des médecins ». Elle repose donc « en conscience » la question de la régulation, « à laquelle les élus de tous bords sont de plus en plus favorables ». En effet, aux yeux de l’APVF, « aussi intéressantes soient-elles, les 54 mesures présentées le 18 septembre dernier par le président de la République et la ministre de la Santé dans le cadre du plan “Ma Santé 2022”, seront insuffisantes ».

Pour en savoir plus

(Source : Caisse des Dépôts et Consignations, DREES)



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