Les militants de Shenzhen déterminés à se syndiquer malgré leur licenciement

mercredi 22 août 2018

Un petit groupe de travailleur·se·s de l’usine chinoise de Jasics à Shenzen réclament leur réintégration après avoir été licenciés et battus par des nervis pour avoir essayé de créer un syndicat. Leur mot d’ordre : « Nous voulons être réintégrés ! Nous voulons nous syndiquer ! »

Chine


""

Depuis le mois de mai, les travailleurs de l’usine de Jasics [1] à Schenzen [2] se plaignent de la dégradation des conditions de travail (passages à tabac, insultes, dénigrements…). Ils considèrent qu’ils sont traités comme des esclaves : leur salaire est versé tardivement, et la direction retire des centaines de yuans chaque mois en modifiant arbitrairement leurs horaires et en minorant leurs cotisations à l’assurance sociale et au fonds de logement.

Les travailleurs ont rencontré la représentation locale du syndicat ACFTU qui leur a conseillé de se syndiquer. Mais la Chine est sous la formule du syndicat unique, et la direction de Jasics a elle-même créé un syndicat ACFTU et désigné ses représentants syndicaux. Ainsi, les travailleurs en grève n’ont aucune possibilité de se syndiquer, à part de rentrer dans le syndicat de la direction.

Le 20 juillet, deux des manifestants ont été malmenés par des nervis et formellement licenciés alors qu’ils cherchaient à rentrer sur leur site de travail. Ils ont été arrêtés aux portes par des gardes de sécurité et, après une altercation, la police est intervenue et plusieurs des manifestants ont été arrêtés. Des collègues se sont rassemblés devant le poste de police et ont organisé une manifestation marathon. Tous les travailleurs ont été libérés par la suite.

Dans une lettre ouverte le responsable de la lutte, Mi Jiuping a remercié les soutiens et a souligné que « le droit syndical est protégé par la loi chinoise et que les travailleurs n’exercent que leur droit légal ». « La syndicalisation est-elle illégale, malfaisante ou effrayante ? » a interrogé Mi, qui a ensuite souligné que « personne ne peut nous empêcher de construire notre propre syndicat, personne ne peut détruire notre solidarité ».

Entre-temps, le syndicat ACFTU du district a annoncé le lundi 23 juillet qu’« un grand pas a été fait dans les efforts pour établir un syndicat d’entreprise chez Jasics Technology ». C’est ainsi que l’ACFTU du district a validé la création d’un syndicat nommé et organisé par la direction de l’entreprise.

Au cours de la lutte, des étudiants logeant près des locaux de l’entreprise et se revendiquant de maoïstes se sont joints, par solidarité, à la lutte des travailleurs. Aujourd’hui, plus de 20 personnes parmi les travailleurs et les étudiants sont encore emprisonnés sans raison. Les travailleurs et étudiants libérés font quant à eux état de menaces physiques et mentales ainsi que d’agressions sexuelles pendant leurs détentions.

Le 11 août, une des étudiantes, Shen Mengyu, animatrice du groupe d’étudiants, a été enlevée devant ses parents et ses camarades. Nul ne sait qui a ordonné son enlèvement ni où elle est détenue. La police locale se contentant de constater, sans effectuer d’enquête que son enlèvement serait dû à un conflit familial.

La CGT exige :

  • que Shen Mengyu soit retrouvée et libérée immédiatement ;
  • que l’ensemble des travailleurs et étudiants emprisonnés soient libérés immédiatement ;
  • que le droit de se syndiquer à un syndicat ouvrier soit garanti et que cette garantie s’applique partout en Chine.

[1] La société Jasics est cotée sur le marché chinois et est le numéro un dans le domaine industriel du poste à souder de type onduleur en Chine. Jasics a été la première société Chinoise à exporter ce type d’équipement. Jasics possède près d’une centaine de brevets et fabrique ses machines à souder en propriété exclusive. Son fondateur, Monsieur Pan Lei, en est toujours le président-directeur général. Il est également le vice-président de l’association de soudage de Chine, et est membre du Comité national de normalisation chinoise ainsi que représentant à l’assemblée populaire municipale de Shenzhen.

[2] Shenzen est une ville de la province du Guangdong en Chine, située en bordure de Hong-Kong. En 1980, une partie de son territoire acquiert le statut de zone économique spéciale et devient l’un des principaux lieux d’expérimentation de la politique d’ouverture aux investissements étrangers. Bénéficiant de sa position géographique privilégiée, elle connaît un essor économique et démographique spectaculaire. En 2010, elle compte environ 10 millions d’habitants et constitue une des Municipalités les plus riches de Chine. Elle fait partie de la mégalopole chinoise du delta de la Rivière des Perles.



fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF Format pdf
impression Impression
envoyer par mail
suivre la vie du site