L’Etat abandonne sa souveraineté gazière au marché et aux financiers

jeudi 14 juin 2018

Énergie


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Le gouvernement a annoncé qu’il sortirait du capital d’Engie après le vote de la loi Pacte. Cette décision est l’aboutissement d’une posture « tout marché » qui fait fi de la maîtrise des services publics. La communication gouvernementale accumule les contradictions pour essayer de justifier l’injustifiable.

Le ministre de l’Economie a ainsi déclaré qu’il n’avait pas vocation à garder des parts dans les secteurs concurrentiels mais « qu’il doit garder la main... sur les grands services publics nationaux comme la SNCF ». Le service public du gaz devrait évidemment rentrer dans cette catégorie tant il est vital non seulement pour les consommateurs individuels, pour l’industrie mais aussi structurant pour les territoires. Quel poids aura l’Etat demain dans la priorisation énergétique des territoires sans avoir la main sur les entreprises ? La vente totale d’Engie après 14 ans de privatisations successives ne peut qu’alerter sur le sort qui sera réservé à la SNCF si la loi qui vient d’être votée s’applique ou sur l’avenir des autres entreprises de l’énergie en France. Rappelons qu’en 2004 le ministre de l’Economie d’alors avait juré que jamais Gaz de France ne serait privatisé.

Le ministère a mis en avant que l’Etat détenait une « action spécifique » qui lui permet de bloquer toute cession d’infrastructures gazières. Mais cela ne protège nullement d’une OPA sur Engie et son démantèlement. Cette « golden share » a un rôle très limité comme le montre la vente imminente de l’activité GNL (approvisionnement en gaz de la France par bateaux méthaniers) par Engie prévue pour cet été. Engie ne vend pas les terminaux mais n’aura plus les contrats de gaz pour les remplir et assurer une partie importante de l’approvisionnement de la France, affaiblissant ainsi fortement la sécurité d’approvisionnement. Non seulement l’Etat n’a pas eu à faire jouer son « action » mais il a approuvé la cession. On peut légitimement s’interroger sur l’avenir des terminaux gaziers d’Engie à terme, la mise en vente de celui d’EDF en est l’exemple flagrant.

Enfin, le gouvernement justifie la vente pour les besoins de financement de l’innovation. Pourtant, Engie a les moyens de faire de l’innovation et l’Etat ferait mieux d’y garder non seulement le pouvoir mais d’imposer un programme de recherche ambitieux. Au lieu de cela, les effets de la concurrence et de la financiarisation ont conduit à une déliquescence des moyens de recherche du Groupe. Les représentants du personnel Groupe ont d’ailleurs mis en place une expertise sur la question. Si Engie avait mis les 12 milliards d’euros de dividendes versés aux actionnaires ces dernières années dans la recherche et le développement, l’avenir gazier en France serait certainement différent.

La CGT met en évidence les conséquences graves qu’ont eues l’ouverture du marché et la privatisation sur le service public de l’énergie.

La CGT revendique au contraire un retour de la propriété de l’Etat sur ce secteur, la création d’un nouveau service public de l’énergie et la mise en place d’un pôle public de l’énergie permettant de mettre sous contrôle des citoyens et des salariés la gestion des entreprises de ce secteur et de l’orienter vers la réponse aux besoins. Cette nouvelle souveraineté populaire permettrait une réelle planification de l’évolution énergétique dans le contexte de lutte contre le réchauffement climatique.

La politique libérale du gouvernement en est aux antipodes : laisser-faire, loi du marché, sortie du capital, abandon des obligations de service public.

La CGT a lancé une campagne pour la défense du service public dans laquelle la FNME CGT s’inscrit avec des propositions pour l’énergie. Les Comités Centraux d’Entreprise de EDF, Engie, GrDF, Enedis, ont également, de façon intersyndicale, lancé une campagne « Osez dire non à ceux qui veulent exploser le service public de l’électricité et du gaz ».

La FNME CGT portera ces questions dans les appels aux journées d’action à venir et revendiquera le renforcement de la part de l’Etat dans le capital d’Engie.



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