Emmanuel Macron annonce une mobilisation en faveur des quartiers prioritaires de la ville, les élus globalement déçus et frustrés

jeudi 7 juin 2018

En direct de l’institutionnel


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Suite à la remise du rapport Borloo au Premier ministre fin avril, le président de la république a présenté, le 22 mai, un certain nombre d’engagements sur les quartiers prioritaires de la ville, dans un discours intitulé "La France, une chance pour chacun" et reprenant la philosophie énoncée lors de son déplacement à Roubaix et Tourcoing en novembre 2017. Ils répondent à trois grands objectifs : garantir "les mêmes droits, mais des droits réels", "que chacun puisse réussir sa vie par l’école et la réussite économique", "savoir refaire République".
Ils pourront se traduire en pactes, chartes, protocoles, accords …. Mais "Je ne vais pas vous annoncer un plan Ville ou un plan Banlieue, cette stratégie est aussi âgée que moi … La quatrième génération ne croit plus dans les discours politiques ... Nous nous devons d’inventer ensemble une méthode, un rythme sans doute différent."
"Il y a des territoires en grande difficulté, et ils peuvent être très urbains, très ruraux, les raisons sont profondément différentes ... il faut une politique de droit réel, d’effectivité des droits dans ces endroits de la République".

S’inspirant du rapport Borloo et de l’idée d’une Cour d’équité des territoires, le président de la république a indiqué que des annonces seraient faites "en juillet". "Je ne suis pas sûr de vouloir recréer une Cour, mais je trouve que l’idée d’une équité territoriale, d’avoir une instance de recours et de la transparence sur ce sujet, est une bonne idée".
Il s’est dit favorable à "un débat d’évaluation de l’équité territoriale au Parlement" pour que les parlementaires "puissent étudier chaque année ces recours et débattre démocratiquement en disant ’vous voyez bien que, sur tel ou tel quartier, on n’est pas au rendez-vous !’". Il s’agirait de disposer ainsi d’un "aiguillon salutaire de l’action du Parlement et de l’action collective".
Pas question de tout mettre sur le dos de l’État : "Quand ça ne marche pas, c’est aussi parfois la faute des maires ou du manque de mobilisation des habitants."
Un site internet, "La France, une chance", devrait ouvrir prochainement pour recueillir auprès des citoyens "ce qui ne marche pas", le traitement des problèmes pourrait se faire en ligne, certaines interventions pourraient être anonymes.
Dans le cadre de la création de l’Agence nationale de cohésion des territoires, le président entend mobiliser les financements publics ainsi que les acteurs privés et publics autour du "rattrapage des territoires". Il envisage la création d’un "opérateur de rééquilibrage", "instrument de la politique de cohésion" et financé par un budget pluriannuel.

Il s’adresse aussi aux présidents de métropoles et d’agglomérations : "Banco pour le pacte de Dijon, on le fait !", a-t-il répondu aux présidents de l’ADCF et de France urbaine venus présenter le pacte élaboré par les deux associations avec Jean-Louis Borloo et signé par 78 présidents d’agglomérations.

Pour garantir "les mêmes droits, mais des droits réels", "la base sera la sécurité et la justice" : déploiement de la police de sécurité du quotidien, évolution des polices municipales, protocoles maires - préfets pour les groupes d’évaluation départementaux antiterroristes et la communication du fichier FSPRT (recense 20.000 personnes identifiées comme les "plus à risque") d’ici juillet, plan de lutte contre le trafic de drogue d’ici juillet, organisation dans les quartiers d’"une société de la vigilance" qui "ne soit pas une société de la délation" ...
L’habitat et le logement sont aussi concernés, sans aucune référence au contrat de ville : lancement de l’opération "Cœur de quartier" à l’échelle de la métropole ou de l’agglomération sur le modèle de "Cœur de ville". Les acteurs devront, d’ici juillet, "définir clairement les priorités actuelles de la rénovation urbaine, le budget nécessaire" ainsi qu’un certain nombre de quartiers prioritaires dont la réhabilitation devra être lancée "en six mois". Le président de la République a fait le lien avec le projet de loi Elan en cours de discussion au parlement (logement social, copropriétés dégradées, habitat indigne, "simplification des procédures" à l’encontre des marchands de sommeil …).
"Depuis des décennies, l’État reloge les plus fragiles" dans les quartiers prioritaires. "Nous devons changer de stratégie d’affectation et d’organisation de l’hébergement d’urgence", a par ailleurs estimé le président de la République. Une réflexion qu’il entend mener "d’ici septembre" avec les services de l’État, les métropoles et "avec les zones rurales où une des fragilités est la perte d’habitants". Cette politique sera "volontaire en bousculant les idées reçues" car "c’est indispensable et bon pour le pays".
"On garde l’Anru" qui a été "abimé ces dernières années car, faute de crédits, on lui a demandé de servir moins de projets et on a rallongé les délais". Rappelant que "nombre de nos territoires" ont un problème d’équipements, Emmanuel Macron envisage la création d’un "opérateur de rattrapage d’équipements", dans le cadre de l’Agence nationale des territoires, qui mobiliserait, dans le cadre d’une programmation pluriannuelle, les financements publics de l’État, des collectivités, de la Caisse des Dépôts et d’acteurs privés.

Concernant "l’école, la réussite économique et l’emploi", Emmanuel Macron a rappelé la mise en place progressive des CP et CE1 dédoublés dans les REP et REP +, la scolarisation des enfants de moins de 3 ans des quartiers et le continuum crèche-maternelle. Il s’est longuement attardé sur le stage en entreprise effectué par les élèves de 3e et a annoncé 15.000 stages proposés par les entreprises et 15.000 autres par l’État dans le cadre d’une "bourse des stages" mise en place pour la prochaine rentrée scolaire, les collectivités locales sont invitées à participer.
Des accords seront signés avec des fédérations sportives (football, boxe …) dès juillet. Le chef de l’État a, plus globalement, fait part de sa volonté de "donner une visibilité au financement des associations sur la base d’engagements clairs". Ainsi, "d’ici septembre", une "méthode" sera proposée afin d’éviter aux petites associations d’"aller mendier" des subventions dans le cadre contraint des appels à projets : "On a systématisé les appels à projets, y compris lorsqu’il s’agit d’obtenir 3.000 euros, c’est ridicule".
Il a souhaité encourager l’accès des jeunes de banlieue à l’enseignement supérieur et à l’apprentissage. Il entend développer les CFA "dans ou à proximité" des quartiers prioritaires de la politique de la ville, alors que les jeunes de ces territoires y ont peu accès, dans le cadre d’un "travail territorialisé avec Pôle emploi". Il annonce "l’ouverture, sans limite, de prépas-apprentissage aux CFA et lycées professionnels qui seront volontaires dans les quartiers". Pour cela, il demande "la mobilisation de toutes les branches professionnelles". Il a dit "Chiche !" à la Fédération française du bâtiment (FFB) qui a proposé de recruter 25.000 "bâtisseurs d’avenir" dans les quartiers.
Aux 120 plus grandes entreprises françaises de l’indice boursier SBF120, il a demandé de "prendre leur part". Il les réunira "en juillet" sur un sujet plus large que les banlieues. "Vous allez m’aider et montrer à tous les esprits chagrins que quand on aide les entrepreneurs à réussir, ça peut être efficace et juste" en les appelant à une "mobilisation citoyenne". Il leur demande de prendre des stagiaires de 3e, des apprentis. Il a aussi annoncé qu’un "pacte de croissance" serait signé avec les entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS).

Le troisième axe, "Faire République" comprend les mesures liées à la sécurité, mais aussi tout le travail de lutte contre les discours racistes et antisémites.
Il s’est engagé à "réinvestir dans l’école" avec le développement des "référents laïcité" pour former les maîtres. Pour cela, "on va accompagner les maires".
Pour lutter contre la radicalisation, le président croit aussi à l’idée de "construire des héros de la République" qui seraient des "figures (de réussite) auxquelles les jeunes pourraient s’associer".
Il appelle les organisations syndicales et patronales à une "mobilisation générale" sur la lutte contre la discrimination. Les entreprises du SBF120 seraient soumises à des opérations de tests anonymes visant à détecter les cas de discrimination à l’embauche, au rythme de 40 par an pendant trois ans.
La pénalisation des outrages sexistes serait l’une des priorités de la police de sécurité du quotidien.

Beaucoup de rendez-vous en juillet, d’autres à la rentrée. Le président de la république a annoncé un rendez-vous "tous les deux mois" à partir de juillet autour de son "conseil présidentiel des villes" qu’il entend utiliser comme une "vigie" pour définir les actions à mener et la feuille de route tout d’abord, puis pour "regarder les cas précis et voir ce qui marche et ce qui ne marche pas".

Le discours du chef de l’État n’a pas manqué de faire réagir les élus et leurs associations.
"Les moyens budgétaires, nerf de la guerre, ne sont pas au rendez-vous" ; politique publique d’État qui s’en remettrait "principalement au bon vouloir des seuls acteurs économiques pour lutter pour l’emploi et la formation" ; "sans évoquer le rôle majeur des services publics comme outils républicains égalitaires, ni annoncer aucun calendrier de généralisation des expérimentations ciblées sur quelques quartiers" ; traitement "dédaigneux" ; élus locaux "tout juste jugés bons à exécuter, au mépris de la libre administration de leurs communes, des décisions prises par l’État", "abandonnés à leurs difficultés que l’État a lui-même générées avec les baisses des dotations" ; "assez d’être des spécialistes de la gestion de la misère" ; absence de vision d’ensemble…
Globalement, ils se disent dans l’attente de précisions et se montrent déçus de voir que seule une poignée de propositions du rapport Borloo aient été retenues.


Pour aller plus loin :
Le discours du président de la République "La France une chance pour chacun", le 22 mai 2018 à l’Elysée

(Sources AEF et Caisse des dépôts)



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