Le plan à 100 millions d’euros de Nicolas Hulot pour faire de la France le « leader mondial » de l’hydrogène

jeudi 7 juin 2018

En direct de l’institutionnel

L’objectif est de faire de la France le « leader mondial de cette technologie » et de parvenir à ce que 10 % de la production d’hydrogène soit décarbonée d’ici à 2023, puis que cette part augmente pour représenter 20 à 48 % d’ici à 2028.

« Avec nos industries, toute la filière hydrogène existe en France, assure Nicolas Hulot. Ne loupons pas cette transition énergétique, soyons les premiers sur cette filière ! »
Face au « défi pour le futur » que représente le stockage de l’énergie renouvelable intermittente, la France a lancé vendredi 1er juin un plan, préparé depuis six mois par la DGEC et le CEA, de déploiement de l’hydrogène dans la transition énergétique.

Le ministre estime qu’il représente « une révolution potentielle pour les systèmes énergétiques » car l’hydrogène, un gaz que l’on peut stocker et qui s’avère très dense en énergie (et hautement inflammable), permet de « libérer tout un tas d’usages » :

  • s’il apporte une solution au stockage d’énergie, il peut également être brûlé et apporter de la chaleur ;
  • il peut être transformé en électricité grâce à une pile à combustible ;
  • il peut enfin décarboner les réseaux de gaz et être utilisé dans le secteur de la mobilité. Avec, par exemple, la création de véhicules à moteur électrique et réservoir à hydrogène, permettant de créer une alternative au véhicule à batterie.

L’hydrogène est actuellement loin d’être vertueux sur le plan climatique puisque le méthane est nécessaire à sa production. Ainsi, fabriquer 1 kg d’hydrogène revient à relâcher 13 kg de CO2 dans l’atmosphère. Son usage est donc pour le moment restreint au secteur industriel (raffinage, engrais, chimie du chlore).

Une situation que le ministère souhaite voir évoluer en décarbonant la production d’hydrogène grâce à la technique de l’électrolyse. Cette dernière permet de produire l’hydrogène, non plus à partir d’énergies fossiles, mais à partir d’eau et d’électricité. Son coût a été divisé par quatre durant ces cinq dernières années.

L’objet du plan est donc d’accompagner le développement de ces « usages vertueux » et de consolider une filière dans laquelle plusieurs entreprises françaises se sont déjà lancées, à l’image d’EDF, Engie, Air Liquide, PSA ou Alstom.

Certaines villes souhaitent également favoriser cette énergie, à l’instar de Cherbourg et de Pau, qui ont (en 2017) ou vont lancer (en 2019) des lignes de bus à hydrogène.

À l’international, plusieurs pays se positionnent sur le secteur, notamment le Japon, l’Allemagne ou les Pays-Bas. Ces deux derniers pays expérimentent actuellement des trains à hydrogène fabriqués en France. L’Allemagne a lancé un projet de déploiement de 400 stations-service hydrogène à horizon 2023. Le Japon se montre « ambitieux » en envisageant 40 000 véhicules à hydrogène d’ici à 2020, 200 000 d’ici à 2025 et 800 000 d’ici à 2030 et 160 stations à hydrogène en 2020 et 320 en 2025.

C’est à cet horizon 2023 que se déploiera le plan français, doté de 100 millions d’euros, en partie consacrés au déploiement d’électrolyseurs en France, dès le deuxième semestre 2018. Ils seront financés via un système d’appel à projet et d’aide à l’investissement, piloté par l’Ademe.
Pour suivre la décarbonation de la production, le ministère souhaite par ailleurs que d’ici à 2020 un système de traçabilité soit mis en place.

Selon France Stratégie, 3 000 exemplaires de véhicules à hydrogène ont été vendus dans le monde en 2017. Principal obstacle à son déploiement : son coût (plus de 60 000 euros pour le modèle Toyota Mirai), qui le limite à des opérations de démonstration fortement subventionnées à l’intention de « flottes captives » et de poids lourds. « La multiplication des véhicules grand public paraît difficilement envisageable avant 2030. »

Pour créer une demande, le ministère souhaite également que des flottes de véhicules soient constituées, et davantage de stations à hydrogène créées. C’est le deuxième axe du plan, qui vise une centaine de stations installées en 2023, 200 véhicules lourds et 5 000 utilitaires plus légers en circulation, sachant que l’Hexagone compte actuellement 263 véhicules en circulation (majoritairement des taxis) et 20 stations. La constitution de ces flottes sera encouragée via une aide à l’investissement sous forme d’avance remboursable. Ces flottes permettraient de répondre aux problèmes de pollution de l’air, alors que la Commission européenne vient de décider mi-mai de renvoyer la France devant la Cour de Justice de l’UE.

Toujours en matière de mobilité, la DGPR devra travailler à la rédaction d’un référentiel afin de définir des règles de sécurité et de prévention des risques aux abords des stations d’hydrogène.Une mission parlementaire sera également lancée dans les prochaines semaines sur la trajectoire de verdissement du parc ferroviaire.

Troisième volet de ce plan : pousser la réflexion sur l’injection d’hydrogène dans le réseau de gaz, ou le « power to gas ». La France compte actuellement deux démonstrateurs, l’un à Fos-sur-Mer et l’autre près de Dunkerque, mené par Engie, et qui sera inauguré à Cappelle-la-Grande le 11 juin. Mais les incertitudes restent élevées, notamment sur le taux d’injection.
Aussi, il sera demandé au gestionnaire de réseau de rédiger un rapport sur les capacités d’hydrogène à injecter, dans quelles proportions et pour quelles conséquences économiques.

(Source AEF)



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